KHALIL ADIL - "AGIR 6"
Agir en 2027.
Comment ?
Certains diront qu’il faut voter, car ils croient que le vote des citoyens a réellement du poids, en dépit des milliardaires, lobbies et autres réseaux d’influence exerçant un contrôle de plus en plus flagrant sur la politique française.
D’autres diront que voter est parfaitement inutile, car ils ne croient pas que cela serve à quoi que ce soit dans un système corrompu.
Les sempiternelles polémiques vont s’enchainer, alors que la polémique n’a jamais servi à rien pour faire avancer les choses, contrairement au débat d’idées dans lequel chacun écoute l’autre dans le respect avec la vérité comme objectif.
La polémique ne fait qu’attiser la division car chacun veut avoir raison, et n’écoute son contradicteur dans le seul et unique but de trouver la faille sur laquelle il pourra rebondir pour « remporter le débat ».
À mon humble avis, il est inutile de parler du vote.
Ceux qui croient que cette cause est pertinente iront voter quoi qu’en disent les abstentionnistes qui, eux, n’iront pas voter quoi qu’en diront leurs contradicteurs qui ne réussiront pas à les faire culpabiliser, étant donné qu’ils ne croient pas au pouvoir des urnes sans pour autant être inactifs s’ils s’investissent dans d’autres terrains.
Soyons factuels : la communauté musulmane de France ne s’unira jamais sur le vote.
Pourtant, tous les musulmans subissent la même islamophobie d’Etat. Nous sommes tous logés à la même enseigne. Et normalement, nous avons tous pour objectif, que nous soyons pro-votes ou abstentionnistes, d’améliorer notre situation et celle de nos frères et sœurs fi Llah. Normalement.
Ce qui m’amène à vous proposer une alternative (ou un plan d’action complémentaire) au vote, qui, je l’espère, sera entendu aussi bien par les musulmans votants que les abstentionnistes.
Mais avant que j’entre dans le vif du sujet, je me sens obliger de rappeler à mes très chers frères et mes très chères sœurs en Islam que nous sommes musulmans parce que nous avons foi en un Prophète qu’Allah azawajal décrit comme étant {d’une moralité éminente} en nous rappelant que : {C'est par une miséricorde de la part d'Allah que tu (Muhammad) as été si doux envers eux ! Mais si tu étais rude, au cœur dur, ils se seraient enfuis de ton entourage} (Traduction rapprochée du verset 159 de la sourate 3).
Si Allah azawajal a choisi comme sceau des Prophètes un homme d’une telle douceur et bienveillance, je ne pense pas que ce soit pour nous enseigner que c’est en criant plus fort, en menaçant et en insultant les autres qu’on aura raison et qu’on sera davantage écoutés. Aussi bien pour le sujet du vote que pour nos autres débats sur la politique, mais aussi sur les avis juridiques, les sujets familiaux, l’interreligieux et plus largement toutes nos divergences, des plus minimes aux plus importantes, entre muslimin ou avec des gens d’autres confessions.
Si on veut avancer, il faut qu’on commence par s’écouter.
Par écouter les autres, aussi.
Chercher à les comprendre.
Entre nous comme chez les non-musulmans.
Cela étant dit, l’alternative que j’estime la plus pertinente pour nous à mettre en œuvre est… la da’wa. Le fait d’appeler les gens à Allah.
Un effort tellement noble qu’à l’origine, Allah azawajal ne l’a donné qu’à des prophètes.
Un effort sur lequel notre bien-aimé Muhammad ﷺ s’est investi à plein temps durant les 23 dernières années de sa vie, dans un contexte bien plus difficile que le nôtre… et cela a porté ses fruits.
Pas dans l’immédiat, ni sans difficulté, ni sans sacrifice.
Mais in fine, la da’wa d’un seul homme en plein désert d’Arabie a fini, au bout d’un siècle, à se propager à travers le monde, apportant lumière, bénédiction et justice partout où elle arrivait, car ceux qui transmettaient ce message béni étaient les premiers à l’appliquer.
Retournons dans le présent et jetons un regard autour de nous : le monde est en train de s’effondrer.
Les gens sont désespérés.
Ils ont besoin de justice.
D’équité.
De spiritualité.
De pouvoir se rattacher à quelque chose de solide.
De stabilité.
De sécurité.
D’amour, aussi… eh bien, nous avons un din qui peut apporter tout cela à quiconque veut bien l’accepter et faire les efforts sur lui-même pour s’y soumettre.
Le problème, c’est que la majorité des gens ne connaissent pas l’Islam. Il n’y a qu’à lire leurs commentaires ou les écouter en parler pour s’en rendre compte. Ils en ont une vision beaucoup trop approximative et superficielle, quand elle n’est pas totalement déformée.
De même qu’ils ont subi un conditionnement social depuis l’enfance qui a été conçu pour les détourner du Créateur. Alors que, soyons sérieux, qui peut réfléchir sérieusement sur l’être humain et se dire qu’une telle créature dotée de raison et de sentiments si harmonieusement constituée puisse s’être conçue toute seule, par hasard ou à partir d’un assemblage de matières sans qu’un Être supérieur ne soit derrière tout cela ? Vraiment, où est la logique de l’athéisme ??? Si elle existe, elle se cache encore mieux que l’ARCOM lorsque des propos racistes sont tenus sur certains plateaux TV…
Et c’est à nous, muslimin, de faire l’effort pour remédier à cela.
Sans forcer personne.
Sans parler de sujets pointus que l’on ne maitrise pas.
Simplement en présentant aux gens autour de nous, avec qui nous sommes en bons termes, ce que l’on connait de notre din aux autres.
En les invitant à méditer sur la nécessité d’un Créateur, sur la véracité des prophètes et sur les sagesses de notre foi.
De préférence en tête à tête, avec les gens que l’on connait, avec qui on a des liens. Parce que sur internet, on ne sait pas à qui on parle, comment réfléchit la personne en face ni même qui va nous écouter.
Pour le reste, des prédicateurs compétents existent.
Certains écrivent des livres, comme je l’ai fait avec Agir 2 : Pourquoi l’Islam et Itinéraire d’un affranchi, et comme d’autres bien meilleurs que moi l’ont fait également.
D’autres sont sur YouTube et font un excellent travail…
Eh bien le partage de nos frères et sœurs a tout autant de valeur que notre travail.
Sans vous qui partagez nos productions, notre travail tomberait rapidement à l’eau.
Chaque membre de cette oumma a son importance.
Ne négligeons pas la da’wa.
C’est avec cet effort béni que nous pouvons espérer du changement.
Car c’est par le bas que changent les mentalités, progressivement.
Puis, c’est une fois que les mentalités ont changées que la société change à son tour, progressivement mais sûrement.
Regardez l’extrême-droite, elle en est le meilleur exemple. Souvenez-vous le second tour de l’élection présidentielle de 2002, opposant Jacques Chirac à Jean-Marie Le Pen. À cette époque, ce dernier avait déjà beaucoup de sympathisants. Mais ceux-ci s’autocensuraient car c’était très mal vu d’afficher son soutien à un parti d’extrême-droite. Mais voyez comment les leaders du FN, désormais RN, ont œuvré à promouvoir leurs idéologies, patiemment, étape par étape… jusqu’à réussir à déplacer la fenêtre d’Overton à un niveau qui leur est favorable depuis maintenant plusieurs années.
Il en va de même pour tout le monde.
Chacun a ses convictions, mais ceux qui gagnent le plus d’adeptes sont ceux qui s’appliquent le mieux à les propager.
Si chaque musulman prenait cette responsabilité à cœur, ce serait déjà un grand pas vers l’avant.
Imaginons qu’il y ait seulement un million de musulmans en France, et que chacun fasse da’wa à trois personnes parmi ses proches et amis. Et que sur ces trois, deux acceptent. Eh bien nous passerions de 1 à 3 millions.
Puis, si ces deux nouveaux convertis prennent à cœur cette responsabilité et présentent aussi la base du message à trois personnes, et que deux sur les trois l’acceptent… on passe à 5 millions.
Puis à 7.
Puis à 9.
Puis à 11.
À 13.
À 15.
Et ainsi de suite.
C’est de cette manière que les mentalités peuvent changer et que notre message peut se propager au détriment de celui de la haine et du racisme qui trouvera ainsi moins d’impact, à la manière de l’obscurité s’évaporant lorsqu’apparait la lumière.
Donc je nous invite, nous, muslimin, à consacrer tous nos efforts dans la da’wa.
Encore une fois avec sagesse, sans rentrer dans ce que l’on ne maitrise pas, en nous adaptant à la personne que nous avons en face de nous.
En nous remettant en question nous-mêmes pour commencer, ainsi que nos familles et amis, car il y a beaucoup de ménage à faire chez nous.
Je vais m’arrêter ici car l’essentiel est dit et le but n’est pas d’être trop long. Si vous souhaitez en savoir davantage sur ce plan d’action béni, j’ai publié, en 2025, un livre intitulé Kalam dans lequel je creuse le sujet de la da’wa en profondeur, entre son importance, les différentes manières de faire, les erreurs à éviter et autres thèmes en rapport. J’ai pris l’initiative de publier ce livre car, malgré la nécessité de proposer ce contenu aux musulmans de France, force a été de constater que personne de plus légitime ne l’avait fait. La da’wa est trop négligée, alors que c’est pourtant une des causes les plus puissantes et unificatrices pour la oumma.
Ce qui n’est pas incompatible avec d’autres projets sur le court, moyen ou long terme.
Si vous estimez qu’il est pertinent de voter en 2027, ou en 2032 si le système ne s’est pas effondré d’ici là, faites-le.
Mais en complément du vote, faites aussi da’wa.
Et si vous ne croyez pas que le vote changera quoi que ce soit, alors agissez avec un plan d’action qui, lui, a prouvé son efficacité à travers nos textes ainsi qu’avec l’Histoire : la da’wa.
Sur ce.




